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Le blog de la Bergerie                         Sharing the faith . . . in English . . . et en français!    |
Aujourd'hui nous vivons dans une période de l'histoire que les philosophes
appellent post moderne et que les théologiens appellent postchrétiens. Dieu,
l'Eglise, la foi Chrétienne sont pour beaucoup des souvenirs d'un passé révolu.
L'indifférence religieuse est l'atmosphère dans laquelle beaucoup de gens vivent
aujourd'hui. La question du salut, de la vie éternelle ne se pose pas comme
elle se posait dans les temps passés et au temps de Jésus. Cependant, malgré
cette indifférence religieuse, malgré l'éclipse de la foi chez beaucoup de nos
contemporains, les questions du sens de la vie, de l'existence humaine, de l'angoisse
existentielle, de la souffrance, et de la mort, sont autant de questions qui
amènent beaucoup a s' interroger sur le sens ultime de toute chose et pour certain
a oser la question de la vie après la mort. Pour nous Chrétiens, et Jésus
ne cesse de nous le répéter tout au long de l'évangile, il y a une vie éternelle.
La question qui se pose alors est celle de savoir comment on accède à
cette vie éternelle. Le docteur de la loi dans l'évangile d'aujourd'hui pose
directement la question à Jésus: " Maitre, que dois-je faire pour avoir
part à la vie éternelle ? Cette question, nous la portons dans notre
engagement à la suite du Christ. Comment avoir une vie qui ait un sens
dans ce monde et qui nous prépare à participer à la vie du monde à venir avec
Dieu ?
Jésus, dans sa réponse renvoie le docteur de la loi à sa foi: " Dans
la loi qu'y a-t-il d'écrit ? Que lis-tu ? " Celui-ci cite alors la prière quotidienne
des Juifs, le Shema Israël, tire du verse 5 du Deutéronome au chap. 6 " tu aimeras
le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur de toute ton âme, de toute ta force, de
tout ton esprit. " Et le verset 18 du chap. 19 tire du Livre de Lev. " et tu
aimeras ton prochain comme toi-même. " C'est là, la profession de foi
que tout Juif doit faire plusieurs fois par jour. L'amour de Dieu et l'amour
du prochain voila le fondement de la religion juive. C'est aussi la vérité fondamentale
que l'on trouve dans toutes les religions du monde. En fait, c'est l'existence
humaine elle-même qui a son fondement dans l'amour. Toutes les violences, toutes
les guerres du monde proviennent du manque d'amour. L'amour est donc la source
de la vie, la vie elle-même. Pour Jésus tout être humain qui vit dans l'amour
à la vie éternelle quelque soit sa religion. De ce point de vue ce que
Jésus dit jusqu' a niveau est quelque chose d' ordinaire, et il n'y a rien de
spécial en cela.
Mais la question du Docteur de la loi va amener Jésus à révéler la nouveauté
du Christianisme, et de la Bonne Nouvelle qu'il est venue annoncer. "Qui est
donc mon prochain ?". Jésus comme à son habitude répond à cette question
par une parabole, la parabole du Bon Samaritain. Un homme a été violemment agressé
et laissé pour mort au bord de la route. Il passa par la un prêtre qui le vit
et le contourna, un lévite, un homme consacré a Dieu le vit et lui aussi alla
son chemin sans l'assister.
Un prêtre et un levite voila deux spécialistes de la religion, des liturgistes,
des gens adonnés a Dieu, préoccupés du culte. Jésus prends expressément le cas
de ces deux religieux pour nous montrer ce qu'il ne faut pas faire. Ce qui n'est
pas la vraie religion. Ces deux religieux sont odieux non seulement aux yeux
de Dieu mais aujourd'hui ils seraient poursuivis pour non-assistance en personne
en danger.
Mais ces deux personnes elles-mêmes ne se sentent pas du tout coupable. Elles
pensent avoir bien fait parce qu'elles ne veulent pas courir le risque de "toucher
au sang" pour se trouver en état d' impureté rituelle avant le culte du temple.
Et en regardant de près, nous pouvons dire que parfois nous ne sommes pas différents
d'eux. Très souvent nous nous trouvons des excuses et des raisons pour ne pas
aider les autres en toute bonne foi. Mais pour Jésus, l'amour fraternel est
beaucoup plus important que le culte. Dieu accorde plus d'importance à
notre pratique de la charité, au service des autres dans la vie quotidienne
plus qu'à nos pratiques religieuses. C'est cela le sens de la vraie religion
chez Jésus.
Mais là ou Jésus nous surprend et nous révèle ce que signifie la Bonne
Nouvelle qu'il annonce, c'est l'exemple qu'il donne du Samaritain. Luc cite
six actes que le Samaritain accomplit à l'égard du blessé : 1-Il s'approche
de lui, 2-il panse ses plaies en y versant de l'huile ; 3 il le conduit dans
une auberge, 4-il prend soin de lui ; 5-il paie l'aubergiste pour ses services.
6-il promet de payer les frais supplémentaires du malade. Des actes de bontés,
de compassion, et de miséricorde. C'est la, le nouveau culte, la Bonne Nouvelle,
le Royaume de Dieu que Jésus incarne et proclame. C'est cela la nouvelle humanité
que Jésus est venu réaliser, des êtres libres, aimants, prêts au service des
autres.
Alors avec qui veut-il réaliser cette nouvelle humanité ? Avec tout le monde,
personne n'est exclue du Règne de Dieu. Le Samaritain dont Jésus nous donne
en exemple, est un hérétique, un schismatique, un ennemi du juif fidèle, un
faux frère, un homme détestable qui ne pratique pas la vraie religion, un homme
impur, quelqu'un qu'il faut éviter, surtout avec qui on ne peut pas composer.
Voila la situation réelle de celui que Jésus nous donne en exemple. Cet homme
fut prit de pitié en voyant l'homme blessé sur le chemin. Il fut touché dans
ses entrailles, dans son être, dans son cœur, et il laisse étaler sa compassion,
sa tendresse, et sa bonté. Nous sommes la au cœur du Christianisme, de la Bonne
Nouvelle que Jésus incarne et proclame.
Les Pères de l'Eglise interprètent cette parabole comme la mission de Jésus
lui-même. Le bon Samaritain c'est Jésus et l'homme blessé, c'est l'humanité
blessée, souffrante et malade a qui il redonne la vie. Le retournement de la
situation se situe a la fin de cette parabole. A la question du docteur de la
loi " qui est mon prochain ? " Jésus retourne la question a celui-ci "Lequel
des trois a ton avis, a été le prochain de l'homme tombé entre les mains des
bandits ?" La réponse de bon sens tombe immédiatement " Celui qui a fait
preuve de bonté envers lui " Jésus lui dit alors " va et toi aussi fais de même.
" Par cette parole Jésus réinterprète le sens du mot prochain tel que les Juifs
le comprenaient et tel que nous le comprenons encore aujourd'hui. Nous comprenons
le prochain comme la personne qui est proche de nous, comme l'autre, les autres.
Le retournement que Jésus introduit c'est que le prochain ce n'est pas l'autre,
le prochain c'est moi. Chaque fois que je m'approche des autres par amour, je
me fais le prochain des autres. Etre Chrétien, c'est sortir de soi pour rencontrer
l'autre dans amour. Est-il possible d'être le prochain de tout le monde ? Oui
nous dit Jésus si et seulement si nous acceptons de nous convertir et de vivre
sous l'action de l'Esprit Saint qui est le Dieu présent dans le monde.
Nguessan Sess Julien sj
Homelie 15e Dimanche OT
Dt. 30:10-14; Ps 69: 14-37; Col: 1:15-20; Lc 10:25-37